Pseudo cessez-le-feu avec le Hezbollah et l’Iran : le double dérapage de Trump- Richard Darmon

A quatre jours de l’ouverture de la Coupe du monde de foot aux Etats-Unis et après deux mois d’un cessez-le-feu très volatile décrété par Trump avec le régime des mollahs, une nouvelle « équation stratégique » a été imposée au plan régional par l’Iran qui a tiré dès la soirée du 7 juin et le lendemain matin plus d’une dizaine de missiles sur le territoire israélien. Or le président américain a une nouvelle fois reculé devant l’arrogance iranienne et celle du Hezbollah en exigeant d’Israël qu’il ne réplique surtout pas à leurs attaques…

 

Voilà des semaines que les Israéliens du nord du pays subissent les insupportables conséquences d’un « cessez-le-feu » qui n’existe que dans la tête de certains diplomates américains et de quelques « observateurs internationaux » ou européens éthérés. Et ce, alors que le Hezbollah a exploité cette pseudo-pause pour continuer chaque jour de bombarder à son gré les soldats de Tsahal et les citoyens de la Galilée… A tel point que ce conflit est appelé de manière ironique en Israël « la guerre du cessez-le-feu » Or, c’est le moment qu’a choisi le président Trump pour éructer voilà quelques jours contre le 1er ministre Netanyahou avec la vulgarité et la grossièreté qu’on lui connaît !

 

Ainsi, lors d’une conversation téléphonique très
houleuse entre les deux hommes qui a eu lieu le 1er juin dernier relatée en détail dans la presse américaine, Trump a carrément imposé à Netanyahou – comme s’il était son vassal – d’annuler sur le champ les ordres donnés deux heures plus tôt à Tsahal de répliquer à l’escalade du Hezbollah en bombardant les arsenaux et les QG. de la milice chiite aux ordres de Téhéran situés à Da’hiyé, le quartier chiite de Beyrouth… Et ce, de la même manière unilatérale et soudaine qu’il avait proclamé à la mi-avril un cessez-le-feu entre Israël et le Liban d’ailleurs jamais respecté par le Hezbollah !

Allant jusqu’à traiter ni plus ni moins son allié, le chef du gouvernement israélien, de « fou » en précisant que ses interventions protectrices l’avaient aidé (sic…) « à ne pas aller en prison », Trump devait ensuite surenchérir en ajoutant lors de cette conversation « historique » une triste assertion de dix mots autant injurieuse qu’inacceptable pour tous les Israéliens : « Si je n’étais pas là, a-t-il dit, il n’y aurait plus d’Israël ! ».

Etat en principe souverain et indépendant placé des semaines sous les tirs constants des roquettes et des drones meurtriers du Hezbollah, Israël s’est donc retrouvé dans la position humiliante de devoir annuler ses opérations à Beyrouth et donc d’obtenir à l’avenir le feu-vert de Washington pour oser défendre ses propres citoyens pourtant sous le feu au nord du pays !

Cette insistance obstinée et déplacée de Washington à
préserver ses propres chances de poursuivre des négociations actuellement gelées avec l’Iran et d’encourager, ce faisant, le cycle des pourparlers dits « de paix » en cours dans la capitale américaine entre Israël et le gouvernement libanais – à l’heure où ce dernier n’a strictement aucun moyen de désarmer concrètement et de juguler le Hezbollah – a de facto créé un sanctuaire inviolable pour les leaders de la milice chiite et leurs armes sophistiquées planquées avec eux dans les sous-sols de Beyrouth alors qu’ils continuent de bombarder le nord d’Israël ! Et ce, d’autant que le Hezbollah a réitéré son ferme refus d’être lié en quoi que ce soit aux décisions que pourraient prendre les négociateurs libanais et israéliens en répétant vouloir poursuivre la guerre à son gré puisque son but ultime, comme celui de l’Iran, est la destruction de l’Etat hébreu ! Il est donc clair pour Israël qu’accepter tel quel cet ordre péremptoire de Trump revient à avoir « les mains liées » et à ne pas pouvoir défendre comme il l’entend la sécurité de ses propres citoyens… Ce qu’Israël a fort heureusement refusé en bombardant dans la journée du 7 juin un QG. du Hezbollah à Beyrouth !

Au-delà des « hauts » et des « bas » qui ont jalonné depuis des décennies les relations entre les Etats-Unis et Israël et surtout les relations parfois très houleuses entre les différents présidents américains et les Premiers ministres israéliens, il reste dans cette affaire – et très au-delà des détestables écarts de langage de Trump lui-même – qu’en acceptant ainsi de lier la question iranienne au dossier libanais, l’hôte de la Maison Blanche a permis au régime des ayatollahs de réussir « en grand » son pari effronté de gagner encore du temps après une guerre de 40  jours qui l’a beaucoup affecté et de conditionner la poursuite de ses problématiques négociations actuelles avec les Américains à ce qui se passe sur le front libanais.
Or ce linkage agréé par Trump qui revient de facto à offrir pour l’instant sur un « plateau d’argent » – en attendant la suite des événements sur le terrain – une presque victoire au Hezbollah et à son patron perse ! Car c’est bel et bien pour défendre coûte que coûte l’Iran et en devenir l’un des principaux boucliers stratégiques régionaux que cette milice chiite, devenue au fil des ans le « bras avancé » de mollahs de Téhéran sur la frontière-nord d’Israël, a été créée, entraînée et sponsorisée à coups de milliards de dollars !

Mais il y a plus grave encore dans cette conversation téléphonique de Trump avec Netanyahou… Entendre ainsi le chef de son allié américain – avec lequel Israël a combattu à deux reprise depuis un an pour détruire une bonne partie de l’arsenal nucléaire iranien, 85 % des industries militaires perses et une part non négligeable de son stock de missiles balistiques – prendre ainsi sur sa propre personne tout le crédit de la survie et de l’existence mêmes de l’Etat juif est proprement inacceptable !
Car même si Trump a jusque-là beaucoup fait pour Israël en reconnaissant d’abord Jérusalem comme sa capitale, en y ouvrant une ambassade américaine, en prenant acte aussi de la souveraineté de l’Etat juif sur le Golan et en impulsant les Accords d’Abraham, puis en favorisant la conclusion d’un accord qui a permis de faire sortir des dizaines d’otages israéliens des tunnels du Hamas à Gaza, il reste qu’une véritable amitié entre les deux pays doit reposer sur un rapport de respect et d’égalité entre eux, et non sur un tel lien de subjugation et de piétinement de la fierté nationale israélienne.

Si le soutien américain à Israël demeure encore pour longtemps stratégiquement essentiel, aucun homme politique d’Outre-Atlantique – aussi « influent » soit-il – n’a en main les clés de la destinée d’Israël…

Comme l’avait magistralement expliqué en juin 1981 le 1er ministre Menahem Begin au président américain Ronald Reagan quand ce dernier avait voulu sanctionner Israël après la destruction par Tsahal du réacteur nucléaire Osirak construit à Bagdad par le dictateur irakien Saddam Hussein avec l’aide de la France, les fondements de l’Etat d’Israël existent depuis bien avant l’entrée en fonction et les actions, sautes d’humeur ou intérêts de tel ou tel président américain…

C’est qu’au lendemain de la Shoah, l’Etat d’Israël a été rebâti par les efforts et les larmes de ses pionniers, par le sang de plusieurs générations de courageux soldats qui ont combattu et remporté tout seuls une série de guerres miraculeuses de survie face à d’innombrables ennemis. Les fondements de cet Etat reposent en effet sur une Charte morale et spirituelle datant de plus de trois millénaires, sur une volonté inébranlable de survie, sur la résilience, la créativité et la foi du peuple d’Israël qui existeront bien après la fin de carrière de tel ou tel homme politique étranger, fût-il l’un des chefs d’orchestre actuel ou supposé tel du Nouvel ordre mondial !

A  quatre jour de l’ouverture du « Mundial » aux USA, le fait que Trump ait voulu dans cette nuit du 7 juin encore empêcher Israël de répliquer à la reprise des tirs de missiles iraniens sur son territoire ne constitue en rien une prétendue « ruse » de la part du président américain face aux Iraniens, mais bien la preuve qu’il n’agit désormais qu’en fonction de ses propres intérêts et de ceux, stricto sensu, de son seul pays.
Pour Israël, écouter sagement ce second « don’nt » de Trump en ne ripostant pas à ces tirs serait revenu à laisser le champ libre au linkage voulu par Téhéran entre le front iranien et le front libanais.

Or fort heureusement, Israël a pu résoudre lui-même ce dilemme imposé par Trump –  au risque de s’attirer ses foudres – en répliquant quelques heures après à l’attaque de l’Iran. Ce que Marco Rubio, pourtant lui-même secrétaire d’Etat de Trump, a pour sa part fort bien compris en déclarant étonnamment lors de cette nuit de guerre : « Seules les nations abêties ne répliquent quand des ennemis attaquent leurs territoires ! ».

 

 

RICHARD DARMON – LE 7 Juin 2026

Richard Darmon
Expert en géopolitique et journaliste international en Israël. Après avoir commencé sa carrière en France pour les quotidiens Le Monde et Libération, il est devenu en Israël depuis les années quatre-vingt, chroniqueur à la radio nationale Kol Israël, puis fondateur et rédacteur en chef de l’édition française du Jerusalem Post. Il a collaboré également à Valeurs actuelles et Tribune Juive. Observateur très bien placé des réalités moyen-orientales, il est un analyste écouté de la situation au Moyen-Orient et des évolutions de la société israélienne ; spécialiste du décryptage des représentations médiatiques, il a donné des conférences dans toute l’Europe sur les conflits du Moyen-Orient et les grands défis du monde juif. Après avoir particulièrement étudié « les dilemmes éthiques de l’armée israélienne dans les conflits asymétriques en zones urbaines à Gaza », il a écrit un livre sur La guerre du  07 octobre :  la Seconde guerre d’indépendance d’Israël 

 

 

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