Le Liban sacrifié aux mensonges arabes et à l’abandon français
Faraj Alexandre Rifai

Le Liban n’a pas été détruit uniquement par ses divisions internes. Il a aussi été sacrifié sur l’autel des intérêts régionaux des tyrans et des islamistes, des calculs des régimes arabes, des mensonges de la cause palestinienne ainsi que du rejet viscéral d’Israël. Tout cela a transformé ce petit pays en champ de bataille et de ruines permanent.

Pendant des décennies, les Libanais ont été abreuvés des mêmes slogans : la résistance, la cause palestinienne, l’unité arabe et la lutte contre « l’ennemi sioniste ».

Les Palestiniens armés ont progressivement transformé le Liban en base régionale du terrorisme. Des camps d’entraînement de fedayin fleurissaient bien avant la naissance du Hezbollah. Tous avaient un seul objectif : la destruction de l’État juif, entraînant le Liban dans des guerres qui n’étaient pas les siennes et massacrant les Libanais eux-mêmes.

L’État libanais a été affaibli, humilié, contourné. Une partie du Liban était devenue un territoire autonome contrôlé par des factions armées vivant au-dessus des lois libanaises.

La cause palestinienne, lorsqu’elle s’est transformée en idéologie armée nourrie par la haine, le terrorisme et les mensonges, a commencé par tuer la Suisse du Moyen-Orient : ce Liban florissant, libre et libéral, seul espace relativement ouvert dans une région dominée par les vagues islamistes, obscurantistes et nationalistes.

Après les mouvements terroristes palestiniens, celui qui a aussi détruit le Liban fut Hafez al-Assad, qui nourrissait la haine et poursuivait un projet clair : détruire ce qui restait de liberté dans cette région, en utilisant encore et toujours la cause palestinienne comme étendard dans sa guerre contre son propre peuple et contre le Liban.

Mais une autre réalité est souvent oubliée.

Le régime syrien prétendait défendre la Palestine tout en refusant profondément la présence palestinienne armée sur son propre territoire. Pourquoi ? Parce qu’il savait parfaitement que ces groupes pouvaient devenir un facteur de déstabilisation intérieure, notamment face aux Frères musulmans syriens et à l’opposition sunnite.

Autrement dit : ce qui était considéré comme dangereux pour la Syrie devenait acceptable pour le Liban.

Le Liban était devenu son terrain de jeu, son terrain d’entraînement, avant que le régime syrien ne se retourne ensuite contre les Syriens eux-mêmes et n’achève ce qui restait de liberté au Liban à travers une domination militaire syrienne qui a duré plus de vingt ans.

Où était alors la gauche occidentale pour dénoncer cette occupation syrienne ? Nulle part.

Puis est né le Hezbollah, implanté par les mollahs d’Iran avec l’appui du régime syrien pour soumettre encore davantage le Liban.

Assad, le Hezbollah et l’Iran des mollahs ont repris exactement la même logique.

Même si les groupes palestiniens terroristes restaient un élément de déstabilisation au Liban — notamment dans certains camps palestiniens où l’on prêchait la haine des Juifs mais aussi des Libanais eux-mêmes, et où des milices armées réglaient leurs comptes par les armes — ils ont progressivement été remplacés comme principale force de destruction par le Hezbollah, la Syrie et l’Iran, qui ont poursuivi la casse du Liban, toujours au nom de la « résistance » et de la cause palestinienne.

Mais ni Assad, ni les mollahs, ni le Hezbollah n’ont jamais réellement eu d’intérêt pour les Palestiniens.

Ils ont utilisé leur cause pour empoisonner la rue arabe.

Cela vous rappelle quelque chose ? L’extrême gauche occidentale perpétue aujourd’hui cette même entreprise : empoisonner la jeunesse avec les mensonges et la violence de la cause palestinienne instrumentalisée, jusqu’à justifier le terrorisme au nom d’une prétendue « résistance ».

La cause palestinienne est devenue, pour beaucoup de régimes et de mouvements armés, un outil de domination régionale bien plus qu’un véritable projet de paix ou de dignité pour les Palestiniens eux-mêmes.

Elle est aussi devenue en Occident un outil de propagande et de domination idéologique pour une partie de l’extrême gauche qui reprend les mêmes éléments de langage que les Syriens, le Hezbollah ou l’Iran. Vous en avez aujourd’hui certains relais politiques et médiatiques dont l’objectif est de perpétuer cette cause et ses effets destructeurs sur les esprits.

Le Liban, lui, continuait à payer le prix.

Il continue encore aujourd’hui à le payer.

Non pas à cause d’Israël, mais à cause du Hezbollah, de l’Iran, des puissances régionales qui ne veulent pas d’un Liban souverain et affranchi, mais aussi à cause de la passivité occidentale et française.

La France, qui se disait pourtant protectrice historique du Liban, a longtemps regardé cette destruction avec ambiguïté, naïveté ou calcul diplomatique.

D’abord en laissant les Palestiniens d’Arafat continuer à déstabiliser le Liban. Puis en fermant les yeux sur la Syrie jusqu’à la rupture sous Chirac après l’assassinat de Rafic Hariri — rupture qui avait permis au Liban de se débarrasser temporairement de la tutelle syrienne.

Mais la suite fut tout aussi dramatique.

La France, surtout sous Macron, a cherché à préserver le Hezbollah, à l’imposer comme acteur politique légitime alors qu’il restait avant tout un mouvement armé au service des mollahs iraniens.

Comment la France a-t-elle pu abandonner sa propre influence au Liban, sa « fille préférée », aux pires islamistes de la région ?

La grande leçon de cette histoire est pourtant simple :

Quand un petit pays est bradé aux grandes causes régionales, aux régimes tyranniques et aux mouvements terroristes — palestiniens hier, iraniens et libanais aujourd’hui — avec la complicité naïve ou intéressée d’un Occident déconnecté, il finit toujours par devenir le champ de bataille des autres.

Un terrain d’entraînement pour ceux qui haïssent non seulement Israël ou le Liban, mais aussi la France et l’Occident eux-mêmes.

Faraj Alexandre Rifai

 
Faraj Alexandre Rifai, auteur et analyste franco-syrien. Analyses indépendantes sur le Moyen-Orient, l’islamisme et les angles morts de l’Occident. Auteur de Un Syrien en Israël.

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