Laissez le suffrage universel et les électeurs défendre la démocratie israélienne !
Dans le climat assez délétère et déjà chaotique de cette période pré-électorale en Israël et alors que chaque formation ancienne ou nouvelle défend déjà « becs et ongles » sa plate-forme politique et ses positions de manière sectaire, un phénomène inquiétant se profile au sein même du public : la tendance d’une partie des électeurs, bien avant le scrutin de l’automne prochain, à considérer d’emblée l’éventuelle victoire du camp adverse comme « illégitime ».
C’est ce que viennent de révéler les résultats d’une
enquête d’opinion réalisée lors de la première quinzaine de ce mois de mai par le Jewish People Policy Institute (JPPI) de l’université hébraïque de Jérusalem !
Ce sondage a montré que si, au plan global – 65 % des citoyens israéliens interrogés en âge de voter ont répondu qu’ils accepteraient le résultat des prochaines élections « quel qu’il soit », leurs réponses diffèrent selon le « camp idéologique » auxquels ils appartiennent.
En effet, parmi les gens s’identifiant à la droite et au centre-droite, presque 50 % des interrogés ont indiqué que si leur camp perdait, « ce serait regrettable » mais qu’ils « feraient avec », et 30 % d’autres interrogés ont déclaré qu’ils respecteraient pleinement la décision majoritaire issue des urnes. Soit pour la droite et centristes apparentés un total de 80 % de gens un tant soit peu tolérants.
Or la situation est bien plus inquiétante dans le camp se définissant comme à gauche : 81 % des gens de ce secteur d’opinion ont répondu que la défaite électorale de leur camp serait « intolérable », un chiffre qui descend à 62 % pour les personnes du centre-gauche. Ce qui fait en moyenne plus de 71 % (donc au-delà des deux-tiers) des électeurs de cette partie de l’échiquier politique israélien qui ne sont pas prêts à reconnaître le résultat qui pourrait sortir des urnes dans quatre ou cinq mois, si leur camp perdait !
71 %, donc, de gens intolérants à gauche : une incroyable contradiction avec les « valeurs » qu’ils disent défendre !
Alors que pendant cette campagne électorale – qui
s’annonce particulièrement âpre et mouvementée puisqu’elle débouchera sur le 1ier scrutin national postérieur à la catastrophe du 7 octobre 2023 et les presque trois dures années de guerre qui ont suivi -, chaque parti aura largement eu le temps de faire valoir ses positions devant l’opinion publique, on aurait pu penser qu’une fois que tous les bulletins de vote auront été comptés, le camp des vaincus, qu’il soit à droite ou à gauche – serait en mesure de reconnaître les résultats des urnes comme « légitimes ». Mais ce qu’indique ce sondage, c’est que cela ne semble pas a priori le cas, surtout à gauche !
Cela n’est en fait guère surprenant à la lumière des campagnes successives de délégitimation menées avec beaucoup d’intensité contre la coalition Netanyahou et le gouvernement de droite légitimement élu en 2022.
D’abord, on se rappelle qu’au début de l’année 2023 les intenses polémiques sur la Réforme judiciaire amenèrent le pays au bord du gouffre de la guerre civile, et ce, jusqu’à la veille de ce funeste 7 octobre.
Puis jusqu’à la mi-2025, on assista aux protestations réitérées et dûment manipulées de la Place Kaplan de Tel-Aviv qui contestaient violemment le fait que le gouvernement Netanyahou osait encore poursuivre la guerre à Gaza alors que des dizaines d’otages israéliens étaient toujours otages des barbares du Hamas – comme s’il fallait qu’Israël capitule sur le champ devant des exigences terroristes démesurées. Ce qui finit par rendre presque impossible toute gouvernance efficace de la coalition de droite au pouvoir au prétexte que toutes ses décisions étaient prétendument « illégitimes » !!!
Mais concernant cette tendance malsaine des uns et des autres – relevée ces dernières années sur la scène politique israélienne – à délégitimer grossièrement le camp adverse même porté au pouvoir par les urnes, il faut aussi reconnaitre que le Likoud de Binyamin Netanyahou fut loin, quant à lui, de se comporter auparavant comme une « opposition constructive » après la formation en 2021 du gouvernement Bennet-Lapid en faisant tout pour saboter son travail parlementaire et l’empêcher de gouverner, Et ce, jusqu’à ce que la très courte majorité à la Knesset de ce cabinet dit « du changement » ne soit torpillée par la défection de deux députés jusque-là pro-Bennet , Idit Silman et Amihaï Chikly , partis ensemble rallier le Likoud, ce qui déboucha sur un 5ième scrutin national en trois ans !
Rappelons aussi que certains des leaders et financiers
des Kaplanistes ont osé comparer voilà deux mois, alors que le pays était en pleine guerre, la dictature sanguinaire iranienne à celle qui sévirait en Israël sous Netanyahou !
Certes, ils auront finalement échoué à faire chuter le gouvernement de droite, mais le climat politique et le débat public initiés par ces protestations sectaires autant qu’enragées tentant d’empêcher un gouvernement élu de gouverner ont malheureusement réussi depuis trois ans à imprégner et empoisonner l’atmosphère tout comme le ton de la vie politique israélienne !
On aurait donc pu penser que le pays aurait pu apprendre quelque chose de ces tristes expériences des cinq dernières années en comprenant qu’il est très malsain et même dangereux de tenter d’empêcher par tous les moyens un gouvernement élu de gérer le pays, mais l’enquête précitée du JPPI montre malheureusement le contraire en mettant en exergue le climat toxique et plein de déréliction dans lequel baigne la classe politique israélienne ;
Il serait donc opportun que les leaders des partis rivaux qui vont sous peu s’affronter lors de cette campagne électorale en proclamant tous haut et fort qu’ils ne souhaitent « que le bien du pays » ajoutent aussi, dans l’opposition comme dans la coalition – qu’ils s’engagent à accepter les résultats, quels qu’ils soient, des prochaines élections et qu’ils autoriseront le prochain Premier ministre et son cabinet à faire aller Israël de l’avant. Sans qu’ils ne renoncent en rien à leurs propres plates-formes politiques et à la critique de celles de leurs adversaires, cela constituerait de leur part un encouragement à restaurer les bases de la démocratie israélienne ainsi qu’un souhaitable et fort salutaire « sursaut citoyen » – en attendant de réformer de fond en comble le système politique et électoral si désuet d’Israël !
RICHARD DARMON – LE 24 mai 2026
Richard Darmon est expert en géopolitique et journaliste international en Israël. Après avoir commencé sa carrière en France pour les quotidiens Le Monde et Libération, il est devenu en Israël depuis les années quatre-vingt, chroniqueur à la radio nationale Kol Israël, puis fondateur et rédacteur en chef de l’édition française du Jerusalem Post. Il a collaboré également à Valeurs actuelles et Tribune Juive. Observateur très bien placé des réalités moyen-orientales, il est un analyste écouté de la situation au Moyen-Orient et des évolutions de la société israélienne ; spécialiste du décryptage des représentations médiatiques, il a donné des conférences dans toute l’Europe sur les conflits du Moyen-Orient et les grands défis du monde juif. Après avoir particulièrement étudié « les dilemmes éthiques de l’armée israélienne dans les conflits asymétriques en zones urbaines à Gaza », il est très bien placé pour raconter la Seconde guerre d’indépendance d’Israël et analyser ses enjeux intérieurs et internationaux avec finesse, exactitude et beaucoup de flamme.




Merci Richard Darmon pour cet article et ces precieux conseils ,mais malgre les chiffres qui different n’avez vous pas le sentiment d’avoir mis dos a dos les gouvernements de droite et de gauche quant a leur tendance a deligitimer l’autre?
les a t on vus autant defiler? les a t on vus agir contre l’interet du pays aupres des instances internationales ? proferer des mensonges ehontes {les soldats par rapport aux bebes etc etc …) Je suis d’accord avec toute votre brillante analyse
mais je refute l’idee de mettre dos a dos les reactions disproportionnees d’un gouvernement et celles plus mesurees et acceptables de l’autre >