Le Rivon Harevii est né du constat que la société israélienne souffre d’une polarisation croissante. Religieux contre laïcs, droite contre gauche, centre contre périphérie, élites contre peuple. Face à ces fractures, le mouvement a proposé une ambition noble : recréer un espace de dialogue, restaurer la confiance et rechercher le consensus plutôt que la victoire d’un camp sur l’autre.
Difficile de ne pas adhérer à un tel objectif.
Mais c’est précisément parce que cet objectif est important qu’il est légitime d’examiner les règles internes du mouvement lorsqu’il est confronté à une décision historique : doit-il rester un mouvement citoyen ou devenir la matrice d’un nouveau parti politique ?
La réponse a été confiée au vote des membres avec une répartition en trois collèges : deux pour les dirigeants et responsables du mouvement disposant d’un poids électoral de 60 % alors que le collège des simples membres dispose des 40% restant.
Personne ne conteste le droit des fondateurs à défendre leur vision. Ce sont eux qui ont créé le mouvement. Personne ne conteste davantage leur sincérité lorsqu’ils affirment agir pour le bien du projet.
La question est ailleurs.
Dans toute démocratie mature, on cherche à éviter que les mêmes personnes soient simultanément parties prenantes au débat, rédacteurs des règles et détenteurs du pouvoir décisif.
Non parce qu’elles seraient mal intentionnées.
Mais parce qu’aucune institution ne devrait dépendre de la seule vertu de ses dirigeants.
C’est précisément pour cette raison que les démocraties modernes se fondent sur des contre-pouvoirs, des procédures et des mécanismes permettant à une majorité de renverser une direction lorsque celle-ci ne reflète plus la volonté des membres.
Or, dans le cas présent, si une majorité écrasante des adhérents avait rejeté la création du parti, elle n’aurait pas pu l’empêcher.
De ce fait, l’honnêteté aurait voulu que l’on ne parle pas d’un vote décisionnel mais d’une simple validation.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Rivon se présente comme un laboratoire de la démocratie israélienne de demain. Il aspire à réconcilier des citoyens qui ne se font plus confiance. Mais la confiance ne naît pas seulement de la qualité des intentions. Elle naît aussi de la conviction que les règles du jeu sont neutres.
La démocratie n’est pas seulement le droit de voter.
C’est aussi la possibilité réelle de perdre.
Lorsqu’un mouvement souhaite devenir un acteur politique national, cette exigence devient encore plus importante. Car les citoyens israéliens ne lui demanderont pas seulement quelles solutions il propose pour le pays. Ils regarderont aussi comment il applique à lui-même les principes qu’il souhaite promouvoir.
Peut-être faut-il voir dans cet épisode non pas une faute, mais une occasion.
Une occasion pour le Rivon de montrer que la recherche du consensus n’exclut pas la souveraineté des membres. Une occasion de démontrer que la confiance ne se décrète pas. Elle se construit à travers des institutions dont le résultat demeure ouvert.
Car au fond, le meilleur test d’une culture démocratique est simple :
Accepte-t-on le risque du vote ou préfère-t-on s’assurer à l’avance qu’il ne puisse pas contredire ceux qui savent déjà ce qu’il convient de faire ?



