
À la guerre comme à la guerre-Dr Sabine Roitman
Actu J du 28/05/2026
Analyse
Alors que pour Israël, la guerre vise à neutraliser des menaces directes, l’Iran a pour objectif d’étendre son influence hégémonique et l’idéologie chiite qui l’accompagne.
La guerre est aussi vieille que l’Humanité : Caïn n’a-t-il pas tué Abel ? Des archéologues ont même découvert des traces de violences entre tribus remontant à plus de 13 000 ans. Avec l’apparition des cités-États et le déploiement d’armées régulières, la guerre est devenue affaire d’État pour conquérir des territoires et s’approprier des ressources, devenant aussi à l’occasion un moyen d’asseoir le pouvoir des dirigeants en renforçant la cohésion nationale face à un ennemi commun.
Comme celle d’Ukraine, la guerre du Proche-Orient est scrutée par toutes les puissances, surtout la Chine qui se prépare à récupérer Taïwan. Ces conflits récents ont, en effet, accéléré la mutation de l’armement, passant d’une logique de masse physique avec artillerie lourde et gros bataillons sur le terrain, à une logique de supériorité cognitive fondée sur la technologie, la zone de conflit s’étendant désormais à l’espace économique, à celui de la communication et à celui du cyber.
L’apparition des drones préfigure l’avènement de systèmes automatisés sans pilote dans les airs, sur terre et en mer. Les drones intelligents et les robots de combat limitent le nombre de soldats exposés face à un ennemi souvent invisible. La robotisation du champ de bataille ne se limite plus à des drones télécommandés : les essaims de drones autonomes, capables de communiquer entre eux pour saturer la défense ennemie, deviennent la norme. Mais c’est vrai dans les deux sens : le Hezbollah a ainsi réussi à contrer la supériorité aérienne d’Israël avec des drones à fibre optique. Rudimentaires, peu coûteux mais redoutables, ils ont causé de nombreuses pertes. On étudie une parade qui reste à trouver.
L’IA est devenue le pivot central de la guerre moderne, transformant le commandement, permettant d’interpréter en quelques secondes des volumes massifs de données, et d’automatiser des décisions tactiques à partir d’un ciblage prédictif.
Au 15e siècle, la poudre à canon avait étendu les guerres au continent. L’industrialisation du 19e siècle les a rendues mondiales. Le seuil du nucléaire défie aujourd’hui l’Humanité qui risquerait cette fois de disparaître à jamais.
Le conflit actuel entre l’Iran, sur le point de fabriquer une bombe nucléaire, et Israël, résulte d’une convergence complexe entre fanatisme religieux et intérêts géopolitiques. Alors que pour Israël, la guerre est existentielle et vise à neutraliser des menaces directes à portée de missile, l’Iran a pour objectif d’étendre son influence hégémonique et l’idéologie chiite qui l’accompagne. Son but affiché est d’anéantir Israël, caillou dans la chaussure des ayatollahs.
La fermeture de passages stratégiques pendant une guerre n’a rien de nouveau, même pour provoquer un choc pétrolier généralisé : fermeture de Suez par Nasser en 1956 et bataille du Sinaï. L’objectif est de contrôler les flux commerciaux et militaires, asphyxier l’économie adverse et protéger ses positions stratégiques. Ces blocages peuvent aussi se traduire par des attaques physiques directes contre les infrastructures critiques, comme ces câbles sous-marins qui acheminent la quasi-totalité du trafic internet mondial, risquant d’entraîner ainsi une paralysie numérique.
Conséquence bénéfique toutefois pour Israël, car la fermeture d’Ormuz a fait réaliser l’urgence de développer des routes alternatives commerciales sûres entre l’Europe et l’Asie : on reparle du projet IMEC, cette « route du Sud » qui devrait relier l’Inde à l’Europe via les pays du Golfe et Israël, lequel deviendrait ainsi un maillon stratégique central et une plateforme logistique majeure de la région.
Contrairement au christianisme et au judaïsme, l’islam n’a pas évolué, peut-être parce qu’il s’est rarement trouvé en situation de minorité dans les pays conquis. L’islam radical est resté au Moyen Âge et ne semble guère soluble dans la démocratie. À l’horizon visible, Israël devra donc continuer à se défendre contre ces populations fanatisées et leurs gouvernants habiles, dont l’objectif prétendument dicté par Dieu est d’effacer le peuple juif de la surface de la terre.


