Trois livres à lire et à offrir pour Yom Ha’atsmaout

Le sionisme n’a jamais été autant d’actualité que depuis le 7-Octobre, événement charnière qui a ébranlé chaque Juif dans le monde. A l’occasion du Yom Ha’atsmaout, le 78e anniversaire de notre Etat, rien de mieux que d’offrir, ou de s’offrir un livre sioniste !

 

1. Altneuland, terre ancienne, terre nouvelle, de Theodor Herzl, préface d’Oury Cherki. Editions Vav 2026.

Classique de la littérature sioniste s’il en est, Altneuland est un livre qui devrait figurer dans chaque bibliothèque juive. Les éditions Vav récemment crées (sur l’initiative de David Altar, qui a réussi à trouver le temps de mener à bien cette entreprise, tout en passant la plus grande partie de son temps aux milouim) ont eu l’excellente idée de republier cet ouvrage, agrémenté d’une préface du rabbin Oury Cherki. Le fondateur du sionisme politique y décrit le pays d’Israël tel qu’il l’a rêvé et imaginé en 1903 (un an avant sa mort).

Comme l’écrit le rabbin Cherki dans sa préface, “Altneuland n’est pas un simple roman d’anticipation, mais une véritable projection spirituelle… Ce livre est un rêve lumineux qui se projette dans l’avenir, dans un temps où l’espérance millénaire des enfants d’Israël aura finalement atteint son but”. “La présence de Dieu, explicitement mentionnée (par Herzl) dans la conclusion du livre, n’est pas anecdotique mais constitutive de cette vision. Elle suggère que l’entreprise sioniste, au-delà de sa dimension politique et sociale, participe d’un destin plus vaste, d’une histoire sacrée dont les contours dépassent l’enterrement humain“.

La lecture d’Altneuland aujourd’hui est édifiante et passionnante. Le lecteur y trouvera une vision inspirée de l’État Juif par le “Hozé Hamedina“ (visionnaire de l’état), frappante de ressemblance avec l’état d’Israël actuel, en dépit du temps écoulé. Un livre à lire et relire !

2. La révolution juive. De la souveraineté, d’Israël Eldad (traduction, introduction et notes de G.E. Sarfati). Editions Hermann 2025.

Le livre d’Israël Eldad est un évènement éditorial pour tous ceux qui s’intéressent à la pensée sioniste et à l’avenir de l’État juif. L’auteur était un homme de plume et d’action, ami d’Uri Zvi Greenberg qui fut un des trois dirigeants du Lehi après la disparition tragique de son chef légendaire, Abraham Stern. L’intérêt de ce livre est multiple. On y découvre la pensée d’un des théoriciens les plus originaux de la philosophie politique d’Israël depuis 1948, « fleuron de la pensée philosophico-politique du sionisme historique » (G.E Sarfati). Paru en hébreu en 1971, ce livre demeure étonnamment actuel, voire prophétique à certains égards.

Pour en donner un exemple, parmi beaucoup d’autres, je citerai cet extrait consacré à la renaissance spirituelle en Israël, qu’Eldad avait prévue dès 1971 !

“Les tentatives pour échapper au Destin juif sont derrière nous. Aussi bien que les tentatives pour abjurer Eretz Israël, en totalité ou en partie. Et au plus profond du peuple Juif et de son pays, consciemment ou inconsciemment, les premiers bourgeons de la renaissance spirituelle se montrent…” Et encore : “Cette renaissance spirituelle sera indubitablement le stade suprême du miracle dont nous sommes actuellement témoins : le renouveau de l’Indépendance juive en Eretz Israël. Comme toute autre chose dans cette transformation, elle n’adviendra certainement pas de manière sereine ni pacifique. Ses douleurs d’enfantement ne seront pas moins pénibles que celles que connaît toute grande révolution…

Les valeurs fondamentales de notre ancienne foi seront réaffirmées dans toute leur vérité, à la lumière desquelles les pseudo-valeurs importées depuis soixante-dix pays et cultures de la diaspora seront réduites à néant, et beaucoup des idoles étrangères que nous adorons encore s’effondreront”. Ces paroles prémonitoires décrivent très exactement ce que nous vivons depuis le 7-Octobre ! Il faut rendre hommage à l’initiative de Georges Elia Sarfati, qui a mis ce livre à la disposition du public francophone, en le traduisant et en le faisant publier chez l’éditeur Hermann et en l’agrémentant d’un riche appareil de notes.

3. Une nouvelle histoire du sionisme, de G. Bensoussan, “Folio Histoire”, Gallimard 2026.

« Sionisme »: le mot n’a jamais été aussi présent dans le débat public français que depuis le 7-Octobre 2023, le plus souvent de manière polémique et excessive. Pourtant, cette omniprésence peine à masquer le fait que le sionisme en tant que réalité historique est le plus souvent caricaturé, quand il n’est pas totalement ignoré. Comme l’écrit l’historien Georges Bensoussan, « depuis près d’un siècle (et jusqu’aujourd’hui), les trois grandes idéologies totalitaires que sont le nazisme, le communisme et l’islamisme » ont fait du sionisme « une figure repoussoir qui a fini par occulter le sionisme comme question d’histoire ». Le lecteur francophone désireux d’en savoir plus sur le sujet ne trouvera que rarement des livres récents, sérieux et non partisans. Il faut remonter aux années 1990 pour trouver quelques ouvrages sur le sujet, parmi lesquels la classique mais déjà ancienne Histoire du sionisme de Walter Laqueur (traduite de l’américain), ou encore l’ouvrage intéressant d’A. Dieckoff, Genèse d’une nation.

   

 

C’est pourquoi il faut rendre hommage au travail considérable de Georges Bensoussan, qui s’est efforcé de combler cette lacune béante en publiant, il y a plus de vingt ans, sa monumentale Histoire intellectuelle et politique du sionisme, parue en 2002 chez Fayard. Dans la suite de cet ouvrage qui demeure incontournable, il publie aujourd’hui Une Nouvelle histoire du sionisme, dans la collection « Folio Histoire » de Gallimard. Comme son précédent livre sur le sujet, ce dernier est impressionnant, tant par taille (plus de mille pages) que par l’appareil de notes, les notes biographiques et la chronologie qui l’accompagnent. Il est manifeste que l’auteur a souhaité faire œuvre de pédagogie, et ce livre mérite d’entrer dans les bibliothèques, où il servira sans nul doute de référence.

 

Au premier abord, Une nouvelle histoire du sionisme peut sembler être une version remaniée de l’Histoire intellectuelle et politique du sionisme. Le lecteur attentif constatera néanmoins que ce nouvel ouvrage comporte de nombreux et utiles ajouts : ainsi de la décennie 1940-1950 – qui voit la création de l’Etat d’Israël et la guerre d’Indépendance, qualifiée par Bensoussan de « décennie charnière » – absente de son premier livre. Autre ajout précieux : le chapitre consacré au « Yishouv séfarade », sous-titré « L’origine oubliée de l’Etat juif », dans lequel on découvre les précurseurs de l’idée de renaissance nationale juive, parmi les intellectuels séfarades habitants du Yishouv (la collectivité nationale pré-étatique en terre d’Israël). L’auteur rappelle ainsi que 30 000 Juifs d’Algérie et du Maroc sont arrivés en terre d’Israël dans les années 1850-1880, bien avant la « première alyah » (selon le décompte de l’historiographie sioniste). C’est, écrit Bensoussan, « au cœur de ce Yishouv séfarade qu’émerge une aspiration à l’indépendance nationale hébraïque dressée contre la tutelle de l’islam et la domination politique des Turcs et des Arabes ».

Dans le même temps, certains des sujets abordés dans L’histoire intellectuelle et politique ne figurent plus (ou bien de manière très réduite) dans La nouvelle histoire du sionisme. Il s’agit donc bien de deux livres différents et les lecteurs du premier découvriront le second avec un intérêt renouvelé. Comme dans son précédent ouvrage, Bensoussan a choisi d’aborder le sionisme sous l’angle de l’histoire des idées, plus que sous celui de l’histoire événementielle. Ce choix est largement justifié par le fait que le sionisme était une idée – et aussi un idéal – bien avant de s’incarner dans des institutions politiques (le Congrès sioniste fondé par Herzl). Il s’explique aussi par le fait qu’il s’agit d’un mouvement pluriel, dont on ne peut saisir la complexité et la diversité sans faire la place aux multiples théoriciens et dirigeants, et sans pénétrer les nuances parfois délicates entre différentes tendances du sionisme socialiste, les courants antagonistes ou rivaux du mouvement ouvrier en Eretz-Israël, ou encore l’évolution des idées de ses acteurs.

 
 

 

Le judaïsme est-il une nation ou une religion ? Le retour physique en Israël est-il aussi un retour à la tradition juive ? Autant de questions demeurant (ou redevenues) d’une brûlante actualité, surtout depuis le 7-octobre, que le livre de Bensoussan replace dans le contexte historique et intellectuel de l’histoire du sionisme. J’ajouterai, pour aborder un sujet qui me touche plus particulièrement, que l’auteur a abandonné dans ce nouveau livre certains biais idéologiques qui figuraient dans son précédent ouvrage sur le sujet, en ce qui concerne notamment le sionisme révisionniste et son fondateur, Vladimir Jabotinsky. Ainsi, l’affirmation erronée selon laquelle ce dernier aurait eu des affinités avec le fascisme italien (Une histoire intellectuelle… p. 849), calomnie qui poursuit Jabotinsky depuis près d’un siècle, a fort heureusement disparu dans Une nouvelle histoire du sionisme.

La juxtaposition des deux livres permet également de constater comment l’auteur a évolué dans son approche du sujet en l’espace de vingt ans. Le regard qu’il porte sur l’Etat d’Israël et sur son histoire est à certains égards moins distancié et moins « européo-centré ». J’en donnerai pour preuve, par exemple, le fait qu’il ne qualifie plus le récit de Tel-Haï, combat héroïque en Haute-Galilée en 1920 devenu un mythe fondateur du sionisme, de « faux historique ». Sans rien perdre de sa rigueur d’historien, Georges Bensoussan porte ainsi sur l’objet de son étude un regard encore plus mûr, plus « juif » et plus marqué d’empathie, ce qui rend son livre plus réussi encore que le précédent. Au-delà de cette appréciation personnelle, il faut surtout rendre hommage à l’immense travail accompli, qui vient combler fort opportunément une immense lacune. Un livre salutaire et indispensable.

P. Lurçat

G. Bensoussan, Une nouvelle histoire du sionisme, Folio Histoire, Gallimard 2026, 1046 pages.

Pierre Lurçat@pierrelurat
 
Avocat, essayiste. Fondateur de la Bibliothèque sioniste A publié: Jusqu’à la victoire! La plus longue guerre d’Israël 2025. La Trahison des clercs d’Israël, 2016

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