Une histoire du sionisme en France avant 1948, en trois étapes, par Philippe Boukara, Historien spécialiste de l’histoire juive.
I- Première étape : Dès l’origine…
Philippe Boukara, historien, spécialiste du judaïsme français contemporain. Coordinateur émérite de la formation au Mémorial de la Shoah. Enseignant au Collège des Bernardins, ancien enseignant à Sciences Po Paris et à Nancy II.
Une histoire du sionisme en France avant 1948
I- Dès l’origine…
II- Etape par étape
III- La dernière ligne droite
I- Dès l’origine…
Dater les débuts du sionisme pourrait être l’objet d’un long débat d’historiens. Certainsévoquent la déclaration attribuée au général Bonaparte en 1799, appelant les Juifs àcoopérer avec l’armée française en Syrie pour conquérir la Terre sainte, en laissant entrevoirune possible indépendance. Mais ce texte est très probablement apocryphe, et Bonaparte,
cette année-là, est revenu en France pour y prendre le pouvoir. Par contre, un des grandsprécurseurs du sionisme, le philosophe allemand Moses Hess (1812-75), vivait en exil àParis lorsqu’il a publié son très important ouvrage Rome et Jérusalem (1862), où il voyait laFrance, justement, comme partenaire de la création d’un Etat juif.
Hess essaya de convaincre de son projet l’Alliance israélite universelle (AIU), fondée en1860, qui avait adopté comme nom hébraïque Kol Israël Haverim – tous sont solidaires enIsraël. Il n’a pas obtenu leur adhésion, mais il a été écouté attentivement. A tel point qu’undes dirigeants de l’AIU, Charles Netter, engagea toute son énergie en 1869-70 dans unprojet visionnaire : ouvrir une école d’agriculture à Jaffa, pour former des Juifs à des métiersqui leur permettraient de vivre de leur travail dans le pays de leurs ancêtres. Ce fut l’école deMikveh Israël, qui fonctionne toujours et même prospère aujourd’hui, su le territoire de lacommune de Holon. Charles Netter (1826-82) y est enterré, et David Ben Gourion leconsidérait, avec Adolphe Crémieux, le grand homme de l’Alliance, qui lui avait donné le feuvert, comme une des principales figures historiques du sionisme. L’AIU ne s’est pas contentéde Mikveh Israël, elle a ouvert plusieurs écoles modernes dans le pays, et l’école deJérusalem s’est pourvue en 1882 d’un cours d’hébreu moderne dispensé par un certain…Eliezer Ben Yehouda. Celui-ci, qui avait été élève à Paris de l’Ecole normale israéliteorientale, n’aurait pas pu former la première génération d’enfants hébréophones sans laconnivence de l’AIU.
A cette date, un mouvement international des Amants de Sion (Hovevei Zion) s’est déjà misen place et une Première Alyah a commencé à créer les premiers villages agricoles juifsdans le Pays d’Israël, qui suivent des formations à Mikveh Israël. Mais ils n’ont pu survivreéconomiquement que grâce aux subsides du « philanthrope anonyme », c’est son surnom,qui est le Baron Edmond de Rothschild (1845-1934). Sollicité par un jeune émissaire venudu Pays, Joseph Feinberg, accompagné par un des premiers rabbins sionistes, ShmouelMohilever, et introduit par le grand rabbin de Paris, Zadoc Kahn, le Baron commença alorsun parcours d’un demi-siècle d’investissement financier, mais aussi affectif et spirituel,ponctué par cinq visites sur place qui sont racontées en détail, aujourd’hui, au Musée d’EretzIsraël de Ramat-Aviv. La dépouille du Baron et celle de son épouse reposent depuis 1954 àZihron Yaacov, symbole de sa contribution majeure à la construction du « NouveauYishouv », c’est-à-dire du socle sur lequel est né l’Etat d’Israël. Les historiens parlentd’ailleurs de la « période française » dans l’histoire du Yishouv.
Theodore Herzl, correspondant à Paris du quotidien viennois Neue Freie Presse, rédige dansl’Hôtel de Castille, rue Cambon, qui porte une plaque en son souvenir, son projet de Judenstaat
(Etat des Juifs). Il ne réussit pas à convaincre le Baron, qui préfère sa méthode pragmatique etréaliste appliquée à petits pas. Mais il obtient le concours d’un autre homme de lettres juifhongrois et germanophone vivant à Paris, Max Nordau (1849 -1923), qui devient son principalsoutien lorsqu’est créée l’Organisation sioniste en 1897. Ils trouvent un allié de poids avec lejournaliste Bernard-Lazare (1860-1904), mi-Alsacien, mi-Comtadin, qui est le premier desdreyfusards et fréquente les milieux anarchistes. Aussi bien Herzl que Bernard-Lazare ontdonné leurs noms, ces dernières années à deux petites places de Paris, entre Arts et Métiers etla rue de Turbigo. Parmi les premiers sionistes parisiens, on compte aussi Alexandre Besredka(1870-1940), n°2 de l’Institut Pasteur.
Pendant la première guerre mondiale, un réseau d’espionnage britannique dont le nom de codeest Nili (citation biblique : « L’éternité d’Israël ne se démentira pas », Samuel 15, 29) estcomposé de jeunes gens grandis dans les villages des Hovevei Zion : leur première langue estle français, et ils ont noué des liens avec des intellectuels français comme le philosophecatholique Jacques Maritain. Avec les accords secrets Sykes-Picot de 1916, la France partageavec le Royaume-Uni les zones d’influence au Proche-Orient, quand l’Empire ottomans’effondrera : Syrie et Liban pour la France, Palestine, notamment, pour les Britanniques. C’estpourquoi la déclaration favorable au sionisme de Jules Cambon, ministre des affairesétrangères, le 4 juin 1917, précède la Déclaration Balfour mais n’y fait pas obstacle.
Deuxième étape à suivre….
e étape à suivre….


